Miscanthus : une culture propre pour protéger la qualité de l'eau dans le Santerre

Le 16 avril, le Siep du Santerre a signé une convention avec trois agriculteurs prêts à planter du miscanthus sur leurs parcelles. Ce projet vise à préserver la qualité de l’eau.

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Signature du contrat entre les trois agriculteurs et le Siep du Santerre représenté par Philippe Cheval (à dr.).
Signature du contrat entre les trois agriculteurs et le Siep du Santerre représenté par Philippe Cheval (à dr.). - © F. G.


Les plantes du miscanthus, encore peu connues aujourd’hui, ont fait leur apparition dans la Somme récemment chez quelques agriculteurs. Mais, jusque-là, ces plantes n’ont jamais été intégrées dans le cadre d’un plan d’actions visant à améliorer la qualité de l’eau dans le territoire samarien par la diminution notamment des nitrates. C’est chose faite désormais avec le partenariat que vient de signer le Syndicat intercommunal de l’eau potable (Siep) du Santerre avec trois agriculteurs, Alexandre Deroo, Frédéric Huyghe et Martin Chuffart. Une expérience déjà réalisée, il y a quinze ans, en Alsace, à Ammertzwiller.

Retour en arrière. 2001 : les inondations suite au débordement de la Somme ont révélé des taux de pollution due aux nitrates, dépassant les 50 mg/l dans le Santerre, sans compter l’émergence de produits phytosanitaires (atrazine et divron interdits depuis des années, mais aussi du bentazone et du lenacile, toujours autorisés). «Si les taux ont diminué par la suite, on est toujours resté dans les limites de 45 à 50 mg/l sur notre territoire du Santerre», précise Marine Josse, responsable qualité de l’eau et des espaces verts au Siep du Santerre.
Conséquence : le territoire a été certifié prioritaire dans le Grenelle de l’environnement, entraînant la mise en place d’un programme d’actions multi-acteurs (communes, industriels, artisans, agriculteurs et particuliers) pour diminuer les pressions sur le contour de l’aire d’alimentation des captages de Caix, particulièrement sur les zones les plus sensibles. Ce programme, lancé en 2011 dans le cadre de l’Orque (Opération de reconquête de la qualité de l’eau, avec le soutien financier de l’Agence de l’eau Artois-Picardie, ndlr), a défini un panel d’actions sur les captages d’eau à Caix.
Un programme d’actions agricoles a été mis sur pied autour de sept actions et trente-neuf sous-actions pour lutter contre les pollutions ponctuelles (phytosanitaires, gestion des fonds de cuve, stockage d’engrais, d’huiles, etc.), et pour optimiser la fertilisation et l’usage des produits phytosanitaires. Le diagnostic du programme d’actions, avec une échéance à trois ans, puis à cinq ans, rendu en décembre dernier, a permis d’atteindre 50 % des objectifs. La bataille est donc loin d’être gagnée. Pour aller encore plus loin, des groupes de travail ont été constitués avec les agriculteurs afin de trouver de nouvelles actions permettant de réduire la pression des nitrates sur les captages d’eau.

Du bio au miscanthus
«L’idée du Siep, au départ, a été d’acheter 80 ha de terres les plus mauvaises autour de l’aire de l’alimentation des captages pour y mettre des cultures sans intrants afin de diminuer le taux de nitrates dans l’eau. L’agriculture bio était une piste, mais difficile à mettre en place dans le Santerre. Finalement, dans les groupes de travail avec les agriculteurs est sortie l’idée de planter du miscanthus, une culture propre», raconte Philippe Cheval, président du Siep du Santerre. Sur les seize agriculteurs concernés, trois ont, pour l’instant, répondu à l’appel, mettant à disposition une superficie de 10 ha. La convention signée avec le Siep stipule que la culture de miscanthus doit être laissée durant quinze ans.
Le deal est le suivant : le Siep apporte une aide financière à la plantation (soit 3 000 €/ha par an) et Novabiom se charge de planter et d’acheter le miscanthus. Compte tenu de la rémunération faible, soit 70 e/t, le Siep participe aussi à la recherche de nouveaux débouchés. La Sitpa pourrait se montrer intéressée pour sa chaudière fonctionnant, pour le moment, uniquement au bois. Autres pistes  : les litières de chevaux, de chats et de chiens, ou encore des pièces automobiles et du béton armé à base de miscanthus. Les débouchés viendront et la qualité de l’eau n’en sera qu’améliorée. Un contrat gagnant-gagnant, permettant aussi d’éviter de faire une usine de dénitrification, qui ferait augmenter la facture d’eau.


Captages

Les captages d’eau les plus importants se situent à Caix (Caix 1 et Caix 3). Ils représentent 2,6 millions de m3 d’eau par an, soit 71 % de la consommation d’eau sur l’ensemble du territoire (83 communes au niveau du Siep du Santerre). Le reste des champs captants se trouve à Potte et à Morchains.


De g. à dr. : Alexandre Deroo, Frédéric Huyghe et Martin Chuffart.
De g. à dr. : Alexandre Deroo, Frédéric Huyghe et Martin Chuffart. - © F. G.

Trois agriculteurs sont prêts à cultiver dix hectares dans le Santerre


Alexandre Deroo, Martin Chuffart et 
Frédéric Huyghe ont accepté de planter 
du miscanthus, à la demande du Siep du Santerre. Leurs raisons.

Soit on reste les bras branlants jusqu’à ce que la réglementation vous rattrape et vous impose des choix draconiens, soit on prend le taureau par les cornes. C’est la seconde option qu’ont choisie Alexandre Deroo, Martin Chuffart et Frédéric Huyghe, agriculteurs en polyculture dans le Santerre. Le miscanthus, aucun n’y pensait jusqu’ici, ni ne connaissait ses itinéraires culturaux. «Je ne savais pas quand cela se récoltait ou se plantait», avoue Martin Chuffart, agriculteur, installé depuis 2008 en EARL avec ses parents, à Bayonvillers. Même réponse de la part des autres agriculteurs.
Aussi quand, dans les groupes de travail constitués par le Syndicat intercommunal de l’eau potable du Santerre (le but était de réfléchir avec les agriculteurs à des solutions permettant d’améliorer la qualité de l’eau grâce à des pratiques culturales vertueuses, ndlr), la proposition de planter du miscanthus est sortie, les trois agriculteurs ont décidé de tenter l’expérience.

Un choix raisonné
Installé à Méharicourt, en EARL unipersonnelle depuis 1993, Alexandre Deroo a décidé de mettre à disposition deux parcelles, l’une de 1,05 ha, l’autre de 0,76 ha, situées à Rosières-en-Santerre. Ce sont 2,88 ha d’une parcelle à Rosières-en-Santerre qu’utilisera Martin Chuffart. Frédéric Huyghe, installé depuis 1992 en SCEA avec son épouse, à Fouquescourt, tentera, lui, l’expérience sur une parcelle de 4,58 ha, située à Caix. Le point commun de ces parcelles ? Des terres de qualité moyenne et particulièrement hétérogènes (cranette, limon-argileux, bief à silex). «Plutôt que de passer du temps et consacrer de l’argent sur des parcelles à faible potentiel, autant partir sur une autre démarche», explique Frédéric Huyghe. «Compte tenu de leur faible qualité, on ne déploie pas de moyens pour cultiver ces parcelles. Cela n’en vaut pas la peine», ajoute Alexandre Deroo.
Autre argument et pas des moindres : le partenariat proposé par le Siep du Santerre est du gagnant-gagnant. En effet, ce dernier paie l’implantation de miscanthus (soit 3 000 e/ha par an), et Novabiom, start-up spécialisée dans les biomasses végétales, assure la plantation du miscanthus dans leurs parcelles respectives. «Nous n’aurons  qu’à préparer le terrain», indique Frédéric Huyghe. Autrement dit, leur intervention sera réduite au strict minimum. «On ne prend ainsi aucun risque en termes d’investissement, conclut Martin Chuffart. Si cela avait concerné des bonnes terres, cela m’aurait fait mal. Mais là, c’est vraiment intéressant pour nous, d’autant que ce sont des parcelles moyennement entretenues.» La récolte par an devrait être entre 8 et 12 t/ha, à compter de la troisième année de plantation.
Dernier intérêt : Novabiom s’engage à acheter la totalité de la production, soit 70 e/t, un prix certes peu rémunérateur, mais permettant une valorisation en attendant des débouchés plus lucratifs. «A nous d’être dynamique pour trouver une valorisation plus intéressante», commente Alexandre Deroo. Et faire ainsi rimer intérêt économique et environnement.

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